Rouergue le Triomphant

Fer à cheval

Charles Castelbou, et né[1] à Montjaux, dans l’Aveyron, le 17 avril 1865, et il y vit encore à l’âge de vingt ans au moment de sa conscription dans la classe de 1885.
Sa fiche matricule[2], conservée aux archives de la Lozère, nous indique qu’il mesure 1,75 m, qu’il a un menton rond et le nez fort et qu’il est affecté au service auxiliaire (par opposition au service actif) car il a les pieds plats.

Quatre ans plus tard, en décembre 1889, il est reçu compagnon ainsi que le rapporte à l’époque le journal « L’Union Compagnonnique »[3].

« Les CC∴ maréchaux-ferrants du Devoir de la ville de Lyon portent à la connaissance du Tour de France, par la voie de la presse compagnonnique, que, pour la Saint-Éloi d’hiver[4], fête patronale de la corporation, parmi la foule d’aspirants qui se sont présentés vingt et un ont été trouvés dignes d’être admis au titre de compagnon, malgré la rigidité de nos règlements qui imposent aux candidats au Compagnonnage les qualités indispensables pour faire de bons ouvriers et hommes honnêtes méritant l’estime générale.
Le secrétaire a inscrit comme suit les vingt et un nouveaux FF∴ :
Edmond Pascaud, Angoumois le bon accord ; Joseph Martin, Nantais l’ami des compagnons ; Charles Castelbeau, Rouergue le triomphant ; … »

Surnom

Passons rapidement sur l’erreur dans l’orthographe de son nom, qui est relativement commune hors des régions occitanes. On trouve la même à Lyon déjà, en 1862[5], à Angers en 1811 ou à la Rochelle en 1812[6].

Le surnom mérite quelques éclaircissements. À sa réception en tant que compagnon, chacun reçoit un nom de baptême, symbole de la transition entre l’état d’aspirant et celui de compagnon. Ce surnom est composé très souvent du nom de la province d’origine suivi d’une vertu. Charles étant aveyronnais il prend le nom de l’ancienne province de Rouergue auquel on adjoint le qualificatif de triomphant.

Compagnonnage

Avant de pouvoir être reçu compagnon, l’ouvrier doit réaliser un chef-d’œuvre par lequel il démontre sa compétence dans le métier, et qui est jugé par ses pairs.
Puis, après sa réception, le compagnon effectue traditionnellement un tour de France, voyage de plusieurs années où chaque étape l’amène à se perfectionner au contact d’autres artisans et d’autres compagnons.
Quel a été le chef-d’œuvre de Charles ?
A-t-il accompli son tour de France ?

De son compagnonnage on ne sait malheureusement à peu près rien, les archives compagnonniques étant privées et inaccessibles quand elles n’ont pas tout simplement été détruites. Heureusement, les archives publiques permettent de capturer de rares instantanés de son existence, de simples flashs qui permettent de supposer ou d’imaginer le reste de son parcours.

Charles le compagnon

La fiche matricule fournit quelques pistes.
En 1892 il est domicilié à Nîmes, puis en 1894 il réside à Marseille, au n°19 de la rue Magenta. On sait que cette adresse hébergeait le siège des Compagnons du Devoir, et on peut tout naturellement supposer qu’il y réside pendant qu’il accomplit son tour de France.
Il semble être encore à la même adresse en 1896 quand les agents recensent[7] un certain Charles Castellear, marchand âgé de 30 ans, comme étant pensionnaire chez M. Boursac.

Parcours de Charles
Reconstitution du parcours de Charles

Charles le maréchal-ferrant

Quoi qu’il en soit c’est bien à Marseille qu’il s’établit. Fin 1898 il y épouse[8] Joséphine Gilly, une couturière de 24 ans originaire de Digne. Lors du recensement de 1901[9] le couple habite toujours à Marseille, dans le quartier de St-Henri, où Charles loge et emploie deux ouvriers, Émile Gougeon et Jean Ébizel. Aucun enfant de Charles et Joséphine ne figure sur le recensement, et on n’a identifié aucune descendance dans l’état actuel des recherches.

Recensement de 1901 (photomontage)

Charles est libéré de ses obligations militaires en septembre 1911[2] et en 1914, a 49 ans, il échappe à la mobilisation générale.
Il décède à Digne en 1923 comme le relate un autre journal compagnonnique[10] :

Le Conseil Central des C∴ M∴ F∴ D∴ D∴[11] nous adresse un faire-part du décès du C∴ Charles Castelbou, Rouergue le Triomphant, membre actif de la section de Marseille, décédé le 21 juillet 1923 à Digne (Basses-Alpes), inhumé à Saint-Henri près Marseille, où il a été établi plus de 20 ans.

Selon cet article il serait inhumé au cimetière de Saint-Henri, mais de nos jours aucune tombe n’y porte son nom.

La courte notice nécrologique qui mentionne son décès décrit Charles comme un « membre actif de la section de Marseille », et il semble effectivement avoir suivi minutieusement les préceptes du compagnonnage.
Il aurait vraisemblablement effectué son tour de France entre 1889 et 1896 (même s’il semble s’être limité géographiquement aux Cévennes et à la Provence) restant célibataire et logeant en tant que pensionnaire dans les maisons de compagnons. Il ne se serait marié qu’ensuite, au moment où il s’établit comme maréchal-ferrant à Saint-Henri, près de Marseille, village côtier alors spécialisé dans la fabrication des tuiles.

Saint-Henri
Carte postale de Saint-Henri

Remerciements

Un grand merci à Laurent Bastard, directeur du musée du Compagnonnage de Tours pour son aide précieuse sur le compagnonnage et les journaux compagnonniques.


[1] Archives en ligne de l’Aveyron, état civil, année 1865, cote 4E164/12, vue n°21, acte n°40.
[2] Archives en ligne de la Lozère, matricules militaires, année 1885, cote R8098, vue n°398.
[3] « L’Union Compagnonnique », 5 janvier 1890, n°8, p. 60-61, archives du musée du Compagnonnage de Tours.
[4] Saint Éloi, saint patron des maréchaux-ferrants et plus généralement des métiers de la métallurgie, est célébré à deux reprises, en hiver le 1er décembre, et en été le 25 juin.
[5] Archives en ligne de Lyon, IIe arrondissement, année 1862, cote 2E681, vue n°224.
[6] Archives en ligne de la Charente Maritime, année 1812, cote 2E312/524, vue n°30.
[7] Archives en ligne des Bouches-du-Rhône, recensement de population, année 1896, Marseille, 1er canton, cote 6M323, vue n°9.
[8] Archives en ligne des Bouches-du-Rhône, état civil, année 1898, registre n°8, vue n°15, acte n°313.
[9] Archives en ligne des Bouches-du-Rhône, recensement de population, année 1901, Marseille, 5e canton, cote 6M366, vue n°16.
[10] « Le Compagnonnage », novembre 1923, n°52, archives du musée du Compagnonnage de Tours.
[11] C∴ M∴ F∴ D∴ D∴ : Compagnons Maréchaux-Ferrants du Devoir.

Mis à jour le 06/05/2018.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *